Transfert de la responsabilité fiscale : un risque souvent méconnu

28 février 2026

Le transfert de la responsabilité fiscale est devenu l'un des plus grands risques pour les dirigeants d'entreprise en Espagne.

Il est courant que des citoyens de nationalité allemande, suisse, britannique ou américaine prennent la direction de sociétés à responsabilité limitée ou de sociétés anonymes établies en Espagne, que ce soit dans le cadre d'investissements immobiliers, de projets commerciaux ou de structures de détention d'actifs.

Dans de nombreux cas, l'administrateur non-résident ignore que sa simple inscription au registre du commerce en tant qu'administrateur d'une société espagnole peut faire de lui le bénéficiaire d'une procédure de transfert de la responsabilité fiscale des dettes fiscales de la personne morale.

L'Agence nationale espagnole des impôts (AEAT) a considérablement augmenté le nombre de procédures de recouvrement fiscal engagées ces dernières années en vertu des articles 42 et 43 de la loi 58/2003 du 17 décembre, dite loi générale fiscale (LGT). Le volume de ces affaires, conjugué aux montants potentiels des dettes en jeu, fait de l'impôt sur le revenu l'un des domaines où le contentieux fiscal est le plus important en Espagne.

Cependant, le paysage juridique a connu une évolution extraordinairement significative en 2025. Plusieurs arrêts de la Cour suprême ont établi des limites substantielles à l'exercice du pouvoir administratif de transfert de la responsabilité fiscale, renforçant les garanties pour les administrateurs et circonscrivant le champ d'action de l'administration fiscale.

Cadre réglementaire pour le transfert de la responsabilité fiscale

La loi générale sur les impôts distingue deux catégories :

  • Responsabilité solidaire (Article 42 LGT)
  • Responsabilité subsidiaire (Article 43 LGT)

Les deux permettent de réclamer des dettes à des tiers autres que le débiteur principal, mais selon des conditions différentes.

Responsabilité subsidiaire de l’administrateur (Article 43.1.a LGT)

Le scénario le plus fréquent de transfert de la responsabilité fiscale des administrateurs est celui prévu à l'article 43.1.a) de la LGT, lorsque :

  • L'entreprise a commis des infractions fiscales.
  • Les démarches nécessaires pour s'acquitter des obligations fiscales n'ont pas été effectuées.
  • L'infraction a été tolérée.
  • Des accords ont été adoptés qui ont permis ces violations.

De même, l’article 43.1.b) de la LGT envisage le transfert lorsque la société cesse son activité sans régler ses dettes fiscales.

Principe de subsidiarité

Le transfert de la responsabilité fiscale subsidiaire ne peut être activé que lorsque :

  • Le débiteur principal a été déclaré en faillite.
  • Les recours contre la responsabilité conjointe ont été épuisés.

Ce principe a été réaffirmé de manière décisive par la Cour suprême en 2025.

STS 594/2025 : nature sanctionnant le transfert de la charge fiscale

L’arrêt 594/2025 de la Cour suprême marque un tournant.

L'étude de cas portait sur le transfert de la responsabilité fiscale à un administrateur pour des dettes de TVA supérieures à 355 000 euros.

La Cour suprême a établi des principes clés :

1. Nature sanctionnatrice

Le transfert de la responsabilité fiscale en vertu de l’article 43.1.a) de la LGT est de nature punitive.

2. Interdiction de la responsabilité objective

Le simple statut d'administrateur ne suffit pas à justifier le renvoi.

3. Interdiction d'inverser la charge de la preuve

Il n'incombe pas à l'administrateur de prouver leur innocence.
Il incombe à l'administration de prouver la conduite répréhensible précise.

4. Nécessité d'une motivation individualisée

Les formules génériques ne sont pas valides. Il faut prouver la conduite spécifique de l'administrateur.

5. Application du principe in dubio pro reo

En cas de doute, la décision doit être prise en faveur de l'administrateur.

Confirmation jurisprudentielle : STS 901/2025 et STS 3465/2025

La circulaire STS 901/2025 a confirmé que l'inscription au registre du commerce ne suffit pas à justifier un transfert de responsabilité fiscale.

Le règlement STS 3465/2025 a également étendu ces garanties au cas de cessation d’activité de l’article 43.1.b) LGT.

Arrêt de la Cour suprême du 5 novembre 2025 : obligation d’épuiser la responsabilité solidaire

La Cour suprême a établi que le transfert de la responsabilité fiscale subsidiaire ne peut être activé que lorsque :

  • Le débiteur principal a été déclaré insolvable.
  • L'existence de parties solidairement responsables a fait l'objet d'une enquête.

Si l'administrateur fournit des preuves claires de parties solidairement responsables, l'AEAT doit enquêter sur elles et justifier sa décision.

Implications pratiques pour les administrateurs non résidents

Les administrateurs étrangers se trouvent dans une situation particulièrement vulnérable en raison de :

  • Manque de connaissances sur le système fiscal espagnol.
  • Distance physique.
  • Problèmes de notification.
  • Dépendance à l'égard des conseillers locaux.

Principes essentiels :

  • Le statut officiel d'administrateur ne suffit pas.
  • La motivation générique est contestable.
  • D'autres pistes doivent être épuisées avant toute orientation.
  • Les délais d'appel sont courts.

Stratégies préventives contre le transfert de la responsabilité fiscale

Prévention des documents

Il est recommandé de conserver :

  • Procès-verbaux des réunions du conseil d'administration et du conseil municipal.
  • Instructions aux conseillers fiscaux.
  • Exigences formelles.
  • Preuve de contrôle fiscal.

Défense contre la notification

Il convient de l'analyser :

  • S'il existe des preuves de conduite répréhensible.
  • Si le débiteur principal a été déclaré en faillite.
  • Si une enquête a été menée sur les parties solidairement responsables.
  • Si la motivation est suffisante.
  • Si l'action a expiré.

Conclusion

La jurisprudence de la Cour suprême en 2025 a transformé le système de transfert des obligations fiscales.

Aujourd'hui, le renvoi automatique fondé uniquement sur le statut officiel d'administrateur n'est plus possible. L'administration doit prouver la faute spécifique et respecter toutes les garanties de la procédure disciplinaire.

Pour les administrateurs non-résidents, ce nouveau scénario offre une base solide pour contester les accords de transfert de responsabilité fiscale qui ne répondent pas à ces exigences.

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